BELGIAN CAMPAIGN FOR AN ACADEMIC AND CULTURAL BOYCOTT OF ISRAEL (BACBI)
 

 
 

Appel pour le boycott académique d’Israël.

Actualisé le 25 mars 2017.

1. Cette année, 2017, le plan de partage de la Palestine voté par l’ONU en 1947, suivi en 1948 par la Nakba ou Catastrophe, aura 70 ans. L’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est, de la Bande de Gaza et du plateau du Golan, elle, aura un demi-siècle. Tant d’années après, le peuple palestinien vit toujours sous la botte militaire, privé de son droit humain à une vie digne et indépendante. La répression au quotidien par les forces de l’ordre israéliennes va toujours de pair avec des violations graves du droit international et des droits de l’homme. 2016 était une année violente et mortelle pour les Palestiniens vivant en Cisjordanie, Gaza et Israël. Pour les enfants en particulier, 2016 était l'année des pires abus, des balles réelles étant de plus en plus utilisées contre eux: 35 enfants palestiniens ont été tués par des soldats, policiers et colons armés, ce qui en fait l'année la plus meurtrière pour les enfants depuis une décennie. Presque 7 000 Palestiniens, dont 400 enfants, continuent de croupir dans les prisons israéliennes, victimes d'abus et de torture. Toujours en 2016, les vols de terres palestiniennes et les démolitions de maisons se sont accélérés: la politique raciste des démolitions, non seulement au détriment des habitants de la Cisjordanie et Jérusalem-Est mais aussi au détriment de citoyens palestiniens de l'État israélien, a frappé un nombre de personnes record depuis 2009. Il n'y a pas de fin, non plus, au processus de nettoyage ethnique ni à la colonisation et l'expansion des colonies.

Chaque nuit, adultes et enfants palestiniens vivent sous la terreur des raids et enlèvements par la soldatesque israélienne. Chaque jour, pendant de longues heures, ils sont contraints de faire la queue aux centaines de check-points qui les privent de leur liberté de mouvement, volant leur temps, volant leur vie. En attendant qu'ils puissent passer, ils ont à subir l’arbitraire, l'humiliation et la violence (parfois mortelle) racistes par les militaires et gendarmes armés. Dans la Bande de Gaza, trois ans après la dernière invasion meurtrière, presque 2 millions Gazaouis (la plupart étant des réfugiés) survivent à grande peine sous un blocus médiéval et barbare qui dure déjà presque 10 ans. Les ravages et destructions de l'infrastructure (l'eau, l'électricité, le sanitaire...) et les conditions de vie inhumaines (surtout pour les enfants), associées à des attaques militaires récurrentes, ont produit une situation hallucinante et sans issue. Cette situation n'est pas dûe à une catastrophe naturelle mais elle est fabriquée par la politique israélienne de plusieurs années. Aussi, l'hypothèse qu'il s'agit d'une politique de génocide graduelle, gagne de plus en plus en crédibilité. Les réfugiés palestiniens et leurs descendants, enfin, continuent de dépérir dans les 59 camps répandus dans les Territoires Occupés et dans le monde arabe. Leur situation catastrophique est encore accrue par la guerre en Syrie (leur retour en Palestine leur étant refusé par Israël).

2. L’oppression des Palestiniens par l’État israélien comprend beaucoup plus que l‘occupation militaire. Les auteurs du rapport récent de l'ONU sur l'apartheid israélien [1] concluent "que les éléments de preuve disponibles établissent hors de tout doute raisonnable qu'Israël est coupable de politiques et de pratiques qui constituent le crime d'apartheid défini juridiquement dans les instruments du droit international". Le rapport, en effet, offre une analyse détaillée de la législation, des politiques et des pratiques israéliennes qui permettent à Israël d'opérer un régime d'apartheid qui "domine le peuple palestinien dans son ensemble", c'est-à-dire qu'il n'est pas limité aux Territoires Occupés. En droit international, "l'Organisation des Nations Unies et ses agences, ainsi que tous les États membres, ont l'obligation juridique d'agir dans la mesure de leurs capacités pour prévenir et punir les cas d'apartheid qui sont portés à leur attention." Finalement, "les institutions de la société civile et les individus ont également le devoir moral d'utiliser les instruments dont ils disposent" (p.53 du rapport).

Outre la ségrégation raciale et la discrimination raciale institutionnalisées, les Palestiniens sont confrontés, depuis 1948, à une politique coordonnée de dépossession de la Palestine: dépossession de son territoire, de ses ressources naturelles et matérielles et son économie, destruction de son patrimoine urbain et de ses paysages, l'effacement de son histoire, de sa culture et de son identité. En bref, ce qui est visé par leurs oppresseurs, c'est le démembrement complet du tissu social et politique de la Palestine. Le sociologue israélien, Baruch Kimmerling, a créé le mot "politicide" pour cela. Les Palestiniens restants doivent se résigner à "vivre comme des chiens" (Moshe Dayan, en 1967), sans dignité, dans des «bantoustans» séparés et impuissants. La similitude avec l'Afrique du Sud est en effet frappante: "les architectes de l'apartheid adoptaient aussi une stratégie du soi-disant «grand apartheid» pour assurer la suprématie blanche à long terme à travers la partition géographique du pays en zones blanches (la plus grande partie du pays) et les régions noires désarticulées" (voir le rapport, p.46).

3. Les universités israéliennes forment un pilier institutionnel d’une société militariste. Elles contribuent à légitimer et faciliter idéologiquement et scientifiquement l’oppression et l’apartheid. L’armée, affirmant son lien organique avec les universités, est souvent présente physiquement sur les campus. Beaucoup de professeurs, d’ailleurs, sont de hauts officiers (de réserve). Plusieurs universités offrent des programmes au bénéfice du personnel de la défense et la sécurité et/ou disposent d'un centre d'étude sémi-militaire dédié à la "sécurité nationale".

En matière de technologies, certaines universités sont directement impliquées dans le complexe militaro-industriel: le «Technion», par exemple, collabore étroitement avec les quatre plus grandes entreprises d'armement d'Israël et contribue activement au développement de systèmes d'armes de haute technologie. Il fournit même un cours pour le bénéfice des futurs vendeurs d'armes. Ces vendeurs bénéficient en tout cas d'un avantage important par rapport à leurs concurrents internationaux: ils affichent que leurs produits sont "testés dans le combat", les territoires occupés servant de "laboratoire" et les près de 5 millions de Palestiniens servant de "cobayes". Il en va de même, mutatis mutandis, pour la technologie de "sécurité": grâce à la collaboration entre les universités, le secteur de la technologie, les services de renseignement de l'armée et les compagnies de "sécurité intérieure" ("homeland security") en combinaison avec l'expertise acquise dans l'oppression des Palestiniens, Israël se développe de plus en plus en une plaque tournante mondiale en matière de systèmes de sécurité. Les "péchés d'Israël", en d'autres termes, sont "bons pour les affaires".

4. L'importance stratégique pour Israël de la science et la haute technologie (« high-tech ») fait comprendre pourquoi le boycott universitaire provoque encore plus d'hystérie idéologique et politique de l'establishment israélien et ses lobbies à l'étranger que le BDS purement économique. Il contribue, on pourrait dire, à démasquer l'infrastructure idéologique de l'Etat colonialiste et d'apartheid. En plus, les réalisations scientifiques et high-tech (ainsi que les créations artistiques) sont un élément essentiel de la campagne "Brand Israel". Lancée en 2005, non sans succès elle vise à rendre Israël attrayant pour un public occidental en tant que pays «normal», c'est-à-dire occidental, démocratique et "hip".

Aucune université ou faculté israélienne ne s'est distanciée de l'occupation, des invasions meurtrières de la Bande de Gaza ou du blocus, peu importe qu'elles auraient protesté publiquement. Au contraire: ils applaudirent les agressions punitives et rémunéraient leurs étudiants-soldats qui y participaient. Pas une seule n'a exprimé sa solidarité avec les instituts académiques palestiniens souffrant constamment de discriminations et d'agressions. Des académiques israéliens courageux, toutefois, ont critiqué en public la politique colonialiste de leur pays, certains d'eux soutenant également la campagne de boycott. Hélas, ils sont peu nombreux (quelques centaines sur un total de plusieurs milliers). Aujourd'hui, ils se trouvent dans le maquis à cause des campagnes de haine contre eux (par exemple par l'ONG Monitor, fondée à l'Université Bar-Ilan, et Im Tirzu) et des mesures politiques. Notre solidarité avec eux devrait les encourager.

5. L'une des principales victimes de la politique coloniale d'Israël est le droit de la jeunesse palestinienne à une éducation et formation orientée vers l'avenir. Dans les débats sur le boycott, le drapeau de la "liberté académique" est souvent brandi mais jamais au nom des universitaires, chercheurs et étudiants palestiniens. C'est pourtant leur liberté académique qui est violée quotidiennement. Le droit à la mobilité, aussi, et celui à la coopération scientifique, tant au niveau national qu'international, sont de plus en plus réduits par le régime d'occupation militaire. S'ils osent protester ou résister, professeurs et étudiants risquent d'être agressés, abusés et incarcérés. En 2016, un rapport indique, "les violences par les forces d'occupation ont entraîné la mort de 26 étudiants et un professeurs, 1 810 élèves et 101 d'enseignants et administrateurs ont été blessés, tandis que 198 étudiants, enseignants et employés ont été arrêtés" [2]. Il n'est pas rare, non plus, que les campus universitaires soient pris d'assaut par des soldats tirant des cartouches de gaz lacrymogène, avec des tirs à balles en caoutchouc ou même à balles réelles, les immeubles de l'université, les archives et les bibliothèques étant saccagés. Les universités Al-Quds, Kadoorie et Birzeit, p. ex., ont été soumis plusieurs fois déjà à ce type de vandalisme intimidant et malveillant.

6. Aujourd'hui, les extrémistes ultra-nationalistes et religieux sont au pouvoir en Israël, et la société "est devenue de plus en plus nationaliste, religieuse, extrémiste et raciste", comme l'écrit le journaliste israélien Gideon Levy. Il en tire la conclusion que "la seule façon de changer les choses dans la politique israélienne ne sera que par la pression de l'extérieur". Tant que les sanctions internationales ne se matérialisent pas, les espoirs de la part des Palestiniens sont investies dans la campagne internationale du BDS (Boycott Divestment Sanctions), lancée en 2005. Elle devra jouer un rôle aussi important que le boycott mondial de l'Afrique du Sud qui a contribué à terminer l'Apartheid sud-africaine. Il n'est donc pas étonnant que le rapport déjà mentionné de l'UN-ESCWA recommande en autres: "Les gouvernements nationaux doivent soutenir les activités de boycott, de désinvestissement et de sanctions et répondre positivement aux appels à de telles initiatives". Et: "Des efforts doivent être faits pour élargir le soutien aux initiatives de boycott, de désinvestissement et de sanctions parmi les acteurs de la société civile" (p.56). Cet activisme transnational de la société civile devrait contribuer à "exercer des pressions sur Israël pour démanteler les structures de l'apartheid et négocier de bonne foi pour une paix durable qui reconnaisse les droits des Palestiniens en vertu du droit international et permette aux deux peuples de vivre ensemble sur la base d'une égalité réelle" (p.53).

L’État d’Israël est une puissance militaire mondiale faisant la guerre à une population de civiles sans défense. Que ce soit du point de vue militaire, politique, juridique ou moral, il n'y a aucune raison acceptable pourquoi il n’aurait pas à se conformer comme tout autre état au droit international et ses principes juridiques et éthiques fondamentaux. Il faut qu’il soit mis fin au traitement d’ « exception » et d’impunité qui lui a été réservé jusqu’ici. Selon le droit international, les pays tiers ont l'obligation juridique de veiller à ce que ses règles soient également respectées par Israël. La résolution 2334 du Conseil de Sécurité du 23 décembre 2016, avec sa condamnation de la politique colonialiste d’Israël, est un signal important mais elle ne prévoit ni à son exécution ni à des sanctions en cas de refus par Israël.

7. La campagne de boycott académique et culturel a également été lancée dans la société civile palestinienne. Guidé par PACBI, elle obtient une audience dans de plus en plus d'universités dans le monde, aussi bien parmi les académiques et les étudiants. Le boycott vise les institutions académiques d'Israël à cause de leur collusion profonde avec le régime d'apartheid israélien et ses crimes contre le droit international et les droits de l'homme. De même que le BDS, le boycott académique n'est pas une fin en soi mais il s'agit d'une tactique temporaire qui prendra fin du moment qu'Israël accepte de respecter les droits des Palestiniens. En même temps, nous nous engageons à la solidarité avec nos collègues palestiniens et leurs étudiants de même évidemment qu'avec le peuple palestinien tout entier. Grâce à leur «sumud», ou résilience, les Palestiniens, où qu'ils vivent, persistent à se tenir debout en tant que société, malgré tout le mal qui leur est fait, mais ils comptent aussi sur la solidarité mondiale. Ne les abandonnons pas.

Cet appel est approuvé jusqu'à présent par 480 intellectuels et collègues de toutes les universités belges. Notre déclaration de principes souligne que le boycott vise bien les institutions académiques d'Israël. La collaboration avec des chercheurs israéliens, au contraire, est encouragée (à moins qu'un projet ne soit explicitement et officiellement parrainé par une institution ou l'État d'Israël). Le fait que chaque universitaire appartient automatiquement à une institution et est rémunéré par elle n'a aucune conséquence. Ne relève pas des directives du boycott non plus : la participation à des réseaux scientifiques qui comptent parmi leurs partenaires aussi des chercheurs israéliens. Finalement, nous le répétons, le boycott n'est pas un fin en soi, mais une tactique : il s'agit d'aider à la restauration des droits de l'homme des Palestiniens.

La Déclaration de principe: bacbi-declaration.htm.
Prière de la signer par moyen de la page (en anglais): bacbi-sign.htm

Notes:

1. "Palestine and the Israeli Occupation, Issue No. 1: Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid" (La Palestine et l’occupation israélienne. Les pratiques israéliennes vis-à-vis du peuple palestinien et la question de l’Apartheid), UN-ESCWA: UN Economic and Social Commission for Western Asia (Commission économique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale, ou ONU-CESAO), 15 mars, Beyrouth 2017 (pdf, 74p.). Le rapport a été rédigé sous la direction des professeurs américains Richard Falk et Virginia Tilley. Ne résistant pas, cependant, à la forte pression israélienne et américaine, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a ordonné deux jours après sa publication de retirer le rapport du site Web de la CESAO. En guise de protestation, la Sous-Secrétaire générale de l'ONU et Secrétaire exécutive de la CESAO, Mme Rima Khalaf, a donné sa démission. Pour sa lettre de résignation (en anglais): cliquez ici! Nous avons sauvé le rapport sur le présent site Web à l'adresse : www.bacbi.be/pdf/un_apartheid_report_saved.pdf. L' "Executive Summary" pouvait être lu séparément mais il a été retiré lui aussi. Voir sur notre site Web: cliquez ici! Toutefois, le résumé a été traduit en français sur le site Web de BDS France: cliquez ici!

2. Vide: "Report: Israel kills 26 Palestinian students, arrests 198 in 2016" (Israël tue 26 étudiants palestiniens et appréhende 198 en 2016) (MEMo, 28 février, 2017): cliquez ici!

Le comité coordinateur : Prof. Marie-Christine Closon (UCLouvain), Prof. Patrick Deboosere (VUBrussel), Dr. Pascal Debruyne (UGent), Prof. Lieven De Cauter (KU Leuven), Em.Prof. Herman De Ley (UGent), Lieve Franssen (dirigent Brussels Brecht-Eislerkoor), Carl Gydé (directeur CAMPO), Prof. Perrine Humblet (ULBruxelles), Prof. Marc Jacquemain (ULiège), Raven Ruëll (régisseur).


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